Migrations internationales et migrations internes

Migrants internes en Inde - © fic.tufts.edu

La pluralité des termes utilisés pour définir les différents types de migration humaine selon les causes, la durée, le statut juridique, etc. ayant fait l’objet d’une fiche précédente (Cf. [#5]), nous nous focaliserons ici sur les mouvements migratoires selon qu’ils franchissent ou pas une frontière nationale.

Migration internationale

Le mot « international » apparaît en 1789 avec le philosophe anglais Jeremy Bentham (1748-1832), lequel, dans son Introduction aux principes de la morale et de la législation, distingue entre deux types de jurisprudence : l’une, déjà existante, qui s’applique aux membres d’un même État, et l’autre, restant à créer, qui devrait régir la vie des personnes qui, en raison de leurs activités, sont confrontées aux diverses lois de plusieurs États (international law). Plus tard, le terme « nation » acquiert de plus en plus d’importance, et c’est ainsi que tout au long du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, les frontières entre les États, au lieu de marquer tout simplement les limites d’un royaume ou d’un empire, deviennent des lignes de séparation entre des « communautés nationales » supposées homogènes. Le monde est ainsi fractionné en de multiples espaces habités par des « ethnies », qui, parce qu’elles y vivent depuis des siècles, auraient le « droit » de les posséder.

Depuis les années 1920, et plus encore depuis le deuxième après-guerre, chaque habitant du monde est censé appartenir (ou prêter serment d’« allégeance ») à une « nation » pour laquelle il serait prêt à mourir, en obtenant en retour sa protection. Si depuis la nuit des temps les êtres humains n’ont cessé de se déplacer en traversant pays et continents, d’une certaine façon la « migration internationale » apparaît comme un phénomène nouveau, car elle implique l’existence de « nations » et de systèmes élaborés de contrôle et de gestion des mouvements de populations d’une « nation » vers une autre.

La migration internationale est le fait de migrants qui franchissent les frontières entre les États dans la perspective de demeurer à l’étranger durant un temps significatif. De ce fait, elle a des répercussions juridiques plus importantes que la migration au sein d’un même État. Dans le domaine des migrations forcées, ne peuvent être des réfugiés que des migrants internationaux, et non pas des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, quelle que soit la gravité des motifs à l’origine de la migration.

Migration interne

La migration interne s’effectue au sein d’un même État. Pour certains pays d’une vaste superficie, il peut s’agir de déplacements sur des milliers de kilomètres dans des régions très différentes socialement, culturellement et économiquement. Parmi les formes que revêt cette migration, l’exode rural, qui voit un accroissement de la population urbaine dans le monde, constitue un des phénomènes les plus étudiés. Nombre de mégalopoles rassemblent des millions d’habitants originaires des campagnes et vivant dans des bidonvilles.

S’il est difficile de quantifier avec précision la migration internationale, les statistiques relatives à la migration interne sont encore moins fiables, les données dépendant de trop de facteurs, et notamment du bon fonctionnement des administrations locales. En 2013, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la principale agence intergouvernementale dans le domaine des migrations, via une série d’estimations, avançait le chiffre de 740 millions de migrants internes dans le monde, dont plus de 230 millions en Chine. Ce pays fait souvent l’objet d’études sur les déplacements internes, car tout comme au Japon (koseki), au Vietnam (hô khâu), en Corée du Sud, en Irak et, autrefois dans l’ancienne URSS (propiska), il y subsiste un système ancien de passeport intérieur (hukou), sorte de livret de famille limitant et régulant les déplacements entre les différentes zones administratives du pays.

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