La problématique migratoire
En matière de migrations, les expressions employées pour se référer aux personnes concernées sont parfois des participes présents “migrant”, “demandeur d’asile” [= demandant l’asile], “étudiant”… qui indiquent qu’une personne est en phase de déplacement, à savoir en train de parcourir les étapes de son trajet migratoire, de franchir des frontières, d’attendre la décision quant à son droit de séjourner, etc. ; parfois des participes passés “émigré”, “immigré”, “réfugié”, “expatrié”, “déplacé”, “déporté” qui, en revanche, se réfèrent à un mouvement déjà accompli : ce n’est plus alors l’accès à un territoire qui est en jeu, mais plutôt l’insertion dans la société d’accueil et les actions menées pour lutter contre le dépeuplement du pays d’origine.
Ces deux phases constituent les composantes majeures de l’univers migratoire ; à la première se rattachent des questions telles que les flux migratoires, le contrôle des frontières, les conditions d’entrée et de séjour, le droit d’asile, les sans-papiers, le projet migratoire, le code de la nationalité, etc. (Cf. [#73]) ; à la seconde sont liées les problématiques d’insertion et d’intégration, la lutte contre les discriminations, l’interculturel, l’éducation, les aspects générationnels, les problématiques de genre, les conditions de vie, de logement et de travail, etc. (Cf. [#84])
Une approche interdisciplinaire
Les questions qui découlent de la problématique migratoire doivent être abordées par le biais d’approches et disciplines différentes pour pouvoir être traitées avec la compétence et la pertinence qu’elles méritent. Dans le cas de la France, au-delà du discours politique, les premières études académiques sur les migrations ont été entreprises en droit, en démographie, en économie et en géographie, puis en sociologie, en histoire, en anthropologie, en psychologie, etc.
Les interrogations éthiques
Au niveau éthique, la problématique migratoire pose deux interrogations principales, se référant chacune à l’une des deux phases précitées. D’un côté, le contrôle des frontières pose la question du choix entre la préservation de la souveraineté de l’État (certains diraient la préservation de la « nation ») et la liberté universelle de circulation inscrite dans la nature humaine et les déclarations internationales. De l’autre, l’insertion et l’intégrationQK posent la question du choix entre la tendance assimilatrice de la société d’accueil et la volonté de préservation de l’identité (culturelle, religieuse, ethnique…) de la population immigrée.
Personne n’a, à ce jour, trouvé de solution satisfaisante à ce problème très complexe, néanmoins, les expériences et les études réalisées jusqu’à présent aboutissent à un constat : les budgets actuels des pays d’immigration sont davantage orientés vers le contrôle des frontières plutôt que vers l’accompagnement des migrants (l’ordre de grandeur étant de 1 à 100 voire 1 000, selon les données considérées), les efforts déployés pour bloquer les flux migratoires se soldant toujours par des échecs ; en revanche, si une inversion de l’affectation des ressources était opérée, elle permettrait à la fois un meilleur suivi de l’insertion des migrants et de mieux sensibiliser l’opinion publique à la connaissance et à l’accueil de l’Autre.
Le piège des chiffres
L’opinion publique comme les discours médiatiques et politiques ont tendance à réduire le phénomène migratoire à des données chiffrées : statistiques, projections, catégories aléatoires, etc. Les chiffres, qui relèvent d’un discours scientifique, pondéré et rigoureux, sont très souvent détournés, se transformant alors en un outil démagogique auquel on fait dire tout et son contraire. La confusion entre les paramètres de comparaison (parle-t-on de fluxQK ou de stockQK de population ? À quels chiffres absolus se réfèrent les pourcentages ? De qui parle-t-on ?, etc.) règne souvent en maître.